La France était en 2009 la 5ème économie mondiale, et le 3ème pays le plus productif au monde. Belle performance ! J'ai donc imaginé gérer ma boîte comme on gère le pays.
Chiffre d'affaires
Mes clients paient leur abonnement à l'heure, 3 fois par an, sous peine de pénalité de retard (+10% à la première relance).
Eventuellement, cet abonnement peut être mensualisé (sympa, non ?)
De nombreux clients ont accès à mes services quasiment gratuitement (enfin c'est ce qu'il croient, car j'ai aussi inventé le "prélèvement indirect", un truc de fou qui me permet de toucher sur toutes leurs dépenses, gains, dons, prêts, succès, échecs, décès....)
Le montant de la cotisation peut augmenter, et changer de forme, tous les ans. C'est compliqué à comprendre, mais cela n'est pas une raison valable pour ne pas payer.
Mes clients sont liés à moi par un énorme contrat, un truc vraiment épais, et compliqué, qu'ils n'ont jamais signé. Ils y adhèrent de façon tacite dès leur naissance.
Je gère ce contrat pour eux: j'y ajoute ou en retire ce que je veux. Quand je veux, bien sûr.
Si j'exagère, mes clients peuvent faire la révolution, mais cela reste relativement rare.
Finance
La Banque de France et la SFAC continuent à accorder un AAA à ma société, bien qu'elle perde de l'argent depuis 20 ans (en fait on est loin d'être les pires, et on a pleins d'actifs pas pourris).
Le cumul des mes déficits représente 80% de mon chiffre d'affaires annuel, mais bon... promis, ca ira mieux l'année prochaine.
Mon banquier m'appelle fréquemment pour me proposer des lignes de crédit à 4%. Il est sympa.
Mes prédécesseurs ont tellement accumulé d'actifs (à une époque, ma société avait des filiales partout, et avait super bien diversifié ses activités), que j'en ai toujours pleins à vendre, en cas de pépin.
J'ai un contrôleur de gestion semi-indépendant un peu énervant
J'ai plusieurs gros facteurs de crise de trésorerie.
Par exemple, ma base de jeunes clients (qui paient pour les plus vieux clients qui ne peuvent plus payer beaucoup) se réduisant, il ne me reste que quelques années avec que se système n'implose. Pour reculer l'échéance, je travaille sur les abonnements et les prélèvements indirects, mais ça grince de plus en plus. J'ai -un peu- essayé de changer le système, mais ni les jeunes, ni les vieux n'ont voulu m'écouter. Ils ont même essayé de me virer. Ce truc a d'ailleurs couté leur poste à de nombreux prédécesseurs.
Quand je prépare mon budget, j'essaie de prévoir un déficit de 3% max, mais c'est difficile !
Ressources Humaines
J'embauche les meilleur(e)s top managers, plutôt parisiens. J'ai même créé une ou deux écoles pour les repérer et les former. J'en ai mis une à Strasbourg, pour qu'ils passent un peu le périphérique.
Mes top managers ont peut-être un peu trop embauché ces dernières années, mais tous les syndicats ne tombent pas d'accord sur ce point.
Conséquence: beaucoup de mes clients sont aussi mes salariés, d'où une certaine ambiance de jalousie sur mon marché et dans mes équipes.
J'ai un Directeur Général, qui bosse beaucoup et en prend plein la tête. D'ailleurs il change assez souvent.
Je fais assez souvent tourner mes Directeurs, c'est une habitude un peu nulle mais c'est comme ça. Ca génère des rumeurs plusieurs mois avant, et çà me permet de garder le pouvoir. Par exemple, je mets la fille de l'économie aux services généraux, le mec des services généraux à la sécurité, je vire celle de la sécurité...etc. Ils cassent pas mal de truc et ils recommencent.
Marketing
J'ai le monopole entier et absolu sur mes activités.
Je contrôle les règles du jeu de mon marché, afin de gérer finement mon chiffre d'affaires et mes profits (un jour).
Je peux à loisir me débarrasser d'une activité (appelons cela "privatiser"), ou m'en attribuer une partie (que pensez-vous de "nationaliser" ?)
Production
J'externalise pratiquement tout. Je fais bosser mes prestataires sur des gros documents, avec des process complexes, et au final, je ne négocie pas trop les tarifs. Mes prestataires sont aussi mes clients (c'est dingue quand j'y pense).
Et moi dans tout çà ?
Je bosse beaucoup, mais vraiment vraiment beaucoup. C'est grisant, mais c'est crevant.
Je m'occupe surtout des relations avec les sociétés étrangères (mon DG gère la France), et de la communication de crise. Je parle rarement au client, mais ça compte.
Tous les 5 ans, on sonde la base clients: la moitié veut me virer, et l'autre moitié me garder. De toute façon, je ne peux pas rester plus de 10 ans. C'est un de mes prédécesseurs qui a mis cette règle en place, et comme cela plait au client, je préfère ne pas la changer.
Je vous laisse, j'ai une vraie boîte à faire tourner...
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